Récit d’une grimpeuse trans – épisode 1
Par Jeen P.

J’ai grandi dans un petit village à côté de St Léger du Ventoux. Je suis devenue monitrice d’escalade à l’âge de 20 ans. Ma transition, elle, est beaucoup plus tardive.
Après mon coming out trans, j’ai arrêté de grimper. Je ne supportais plus le milieu de l’escalade, l’activité me semblait véhiculer trop de misogynie — la mienne peut-être —, de sexisme.
Au début de ma transition (et après aussi), la vie me semblait très dure, presque insurmontable, alors la performance, les loisirs, tout ça me paraissait superflu.
Et puis, à un moment, j’ai commencé à sombrer. Il fallait que je puisse me raccrocher à du « connu », du « quotidien ». C’est à ce moment que j’ai rencontré Clara. Elle préparait sa liste de courses pour le DE milieux nat et elle était au moins aussi folle que moi. On a tout de suite accroché et je me suis remise à grimper.
Aujourd’hui, je grimpe presque uniquement avec elle. Je ne fais plus de difficulté, ça ne m’intéresse plus et puis, avec les hormones, j’ai perdu beaucoup de forces et c’est très bien comme ça.
On grimpe des voies en trad, on aime traîner nos chaussons dans des trucs pas bien difficiles et plus trop au goût du jour, mais avec une réflexion sur la gestion du risque et des émotions.
Il m’arrive de retourner en salle d’escalade parce que, quand même, j’adore le bloc, c’est vraiment très ludique. Le regard des autres grimpeur.euse.s est parfois chiant — « les mecs cis, toujours ». C’est systématiquement le même scénario : on me regarde un peu de haut ou alors on fait comme si on ne m’avait pas vue et puis, une fois qu’ils comprennent que la personne bizarre là, elle ne grimpe pas trop mal, on me parle, on me considère. C’est quand même à vomir cette histoire ! C’est la performance qui apporte la considération, le prolongement du capitalisme…
Les choses bougent mais c’est trop lent, c’est aussi pour ça que j’ai décidé de me rendre visible dans ce milieu. Il y a dans le monde à peine une dizaine de personnes trans / non-binaires qui grimpent et qui sont visibilisées, d’après mes recherches…
Je vais essayer de continuer régulièrement à écrire le “récit d’une grimpeuse trans” mais comme vous l’aurez compris.e je ne suis pas portée sur la performance!